Bien que l'on soit encore en été, la rosée perdure et, si je n'avais chaussé mes bottines, j'aurais les pieds trempés par l'herbe des rues du Quartier des Mages. C'est un coin un peu à l'écart de la ville, que les gens ne traversent en général que pour aller à la Tour aux portails permanents.
Mais pour tous ses habitants, c'est avant tout un havre de paix, bercé d'une lumière particulière. La mer toute proche en contrebas et les parois rocheuses à l'ouest protège ce doux quartier du tumulte. Même les artisans y travaillent en silence ou presque et ajoutent à l'ambiance feutrée... L'Auberge y est chaleureuse et bien plus calme que celle du centre. Bref, c'est mon quartier et je l'aime.
Mais ce matin, je le quitte, et pour un bon moment. Les cloches de la cathédrale ont sonné, il est sept heures et il est temps que je rejoigne les Nouveaux Héros: tous ceux qui, comme moi, vont partir à l'aventure.
Deux fois par an, en mars et en septembre, les jeunes de l'Alliance qui choisissent de rejoindre les rangs doivent rejoindre leur Zone de Départ. Avant cela, ils ont eu tout l'hiver ou tout l'été pour passer les épreuves préparatoires et s'inscrire auprès d'un maitre de classe...
Comme je l'ai déjà dit, moi, je trainais à la boutique familiale. J'y cotoyais donc les classes ornées de tissus. J'étais particulièrement impressionné par les prêtres qui possédaient ce double talent de soigneur et de combattant. A eux seuls, à les entendre, ils pouvaient maintenir en vie tout un petit groupe lors des escarmouches en instance. Et certains en prenant leur forme d'ombre devenaient de redoutables lanceurs de sort capable de rivaliser avec les plus grands champions.
Combien de fois avais-je assister au cours de cet été aux entrainements des recrues du printemps qui revenaient en ville s'équiper : mes yeux clignaient encore des projections de traits d'ombre et de brûlures de flammes sacrées.
Tout fier de savoir tailler et tisser en un temps record des sacs, des robes et tout un attirail de pièces de tissu, je m'étais, à mon tour, dirigé vers la Cathédrale où le recrutement des prètres avait lieu.
Mais, j'avais à peine franchi le seuil et murmurer ma prière à la Lumière qu'un homme tout en armure me posa un doigt ganté de métal sur la poitrine.
"Mais voilà un futur paladin, si je ne me trompe... Tu vas rejoindre la Lumière, petit ?"
Je n'avais pas le temps de le contredire qu'un nain parut derrière lui et s'esclaffa en roulant les R : "Arrrthurrr mon cherrr, je crrrois que vous n'avez pas encorrre décuvé la bièrrre d'hierrr soirrr... C'était pourrrtant qu'une blonde bien clairrre... Pas de quoi de saouler, parrr la barrrbe de Manni !
Il me parrrait bien grrringalet, ce drrrôle de gaillarrrd... S'il mange un peu, il ferrra un bon moine, tout au plus..."
Estomaqué et un peu vexé, je répondis aussi sec que "oui, je voulais devenir paladin et faire briller la Justice de la Lumière". Un long silence suivit cette tirade qui m'était venu sans que je sache ni d'où, ni comment j'avais pu inventer un truc pareil...
Quoi qu'il en soit, ça avait fait mouche car les deux compères avaient éclaté de rire et m'avaient fait entré dans la Salle de Justice en me couvrant d'amicales mais viriles accolades...
C'est ainsi, le dos meurtri par leurs "marques de franche camaraderie" que je m'étais retrouvé devant Borgus Main-d'Acier, le maitre des nouveaux paladins.
Bien sûr, je connaissais ces étranges personnages, souvent affables et généreux, droits et fiers, mais armés jusqu'aux dents et capables de lancer d'étranges sorts ou plutôt pouvoirs. Mais ils restaient un mystère pour moi et jamais je n'aurais pensé à rejoindre leur classe.
En fait, je me rendais compte que je n'avais jamais vraiment été attiré par tout ce qui avait trait aux armes lourdes, aux armures en plaque et au corps à corps.
Notre puissant roi avait beau être un ancien gladiateur, un guerrier puissant, ce n'était pas le modèle que je recherchais... Quant aux chevalier de la mort, la réputation d'Arthas me les faisait tenir à distance. Petit, je changeais même de trottoir si l'un d'entre eux venait à me croiser en montant à la Tour prendre un portail pour Dalaran...
Paladin, paladin... le seul dont je me rappelais les exploits était Uther le Porte-Lumière...
Mais là, je sus... Je serai moi aussi Main de la Justice, je serai paladin.
C'était il y a trois mois à peine, et pourtant ça me paraissait déjà une éternité. J'en avais appris, me semblait-il, plus que pendant toute ma scolarité, je connaissais la puissance des jugements, des mots de gloire et des boucliers divins... et j'avais hâte d'acquérir ces sorts.
Tout à ces souvenirs, j'ai traversé la ville sans vraiment y prendre gare. Ce matin, j'ai embrassé mes parents sans beaucoup d'effusion. Il faut dire qu'il était tôt et que j'étais un peu au ralenti... Et puis, ça fait des jours qu'on en parle, de ce grand jour. Je pense que mon père aurait vraiment voulu m'accompagner mais l'afflux de livraisons ces derniers jours a rempli la boutique. Si bien qu'il doivent tous les deux remiser tout ce stock pour satisfaire les commandes que cette rentrée de recrues, entre autres, ne va pas manquer d'engendrer. Tous les six mois en effet, l'Abbaye de Comté du Nord achète force tenues, ceintures, sacs, tapis et autres que tous les artisans préparent avec honneur pour équiper l'Alliance. Quant aux Héros, ils n'hésitent pas à changer leur tenue pour affronter la saison à venir. Le travail ne manque pas.
Je pense à tout ça en traversant la Vallée des Héros à l'entrée de la ville. Je finis de traverser le pont et m'apprête à passer les portes. Au delà, j'aperçois dans la petite clairière qui marque l'orée de la forêt d'Elwynn des groupes qui se forment déjà...
Ce sont mes futurs compagnons qui se rassemblent. Certains parient même sur les duels qui ne manquent pas de se produire à cet endroit, car ils sont proscrits en ville. Rassurez-vous, tout ça n'est pas sérieux : ce sont des duels pour rire, pour montrer qu'on a rejoint une classe, mais en fait, personne ne maitrise encore aucun sort...
Je reconnais quelques visages, des amis d'enfance, des élèves croisés à l'école et même une ou deux jolies filles qui venaient se former à la cathédrale, moniale ou prêtresse, je ne le sais pas vraiment.
Pas de paladin autour de moi, pas encore... Cette classe a peu recruté cette saison, nous étions à peine trois en cours cet été. Trois garçons. Et mes deux camarades sont surtout tentés par un rôle de combattant, attirés par les possibilités de combat rapproché et de sorts à distance propres à cette classe. Moi, j'ai fanfaronné pour intégrer le groupe mais, au fond de moi restent encore les récits des prêtres. Et je les entends toujours me certifier qu'ils soignent des cohortes sans effort. Ils me paraissent grandioses. J'ai donc décidé, tout naturellement, de devenir Paladin Soigneur, dès que ça sera possible; au détriment peut-être d'une bonne protection ou d'une capacité d'attaque suffisante. On verra bien... ça va venir vite, maintenant...
Soudain, la troupe se met en branle... la joyeuse bande un peu indisciplinée du départ se rassemble sans précipitation et chacun se retrouve dans son groupe très rapidement. Je me rapproche ainsi de Michael et de Vernicent, les autres recrues paladins qui ont fini par arriver.
Tous les maitres sont là, sur des montures emblématiques. Je suis admiratif devant le destrier d'Arthur. Il y aussi des tapis volants, des chevaux trapus, des griffons aux couleurs d'Hurlevent, une véritable panoplie de ce qui fait la réputation de chaque classe. Les maitres ne pavoisent pas, ils sont aux aguets, ils nous encadrent en silence.
Je n'ai pourtant pas l'impression qu'une menace rode. Je connais cette route qui mène à Comté-de-L'or, je l'ai emprunté maintes fois avec mes parents pour aller chercher de la laine et du tissu auprès des fermes du coin. Et ça m'a toujours paru tranquille et fréquenté, sans risque.
Mais là, dans le jour qui pointe, entouré de toute cette troupe, l'instant et le lieu deviennent solennels.
Nous obliquons vers le Nord, sans passer par le village.
A un moment, il y a même une rumeur qui monte: les Chasseurs auraient vu des Défias embusqués ! Mais je n'y crois guère, les maitres n'ont pas bougé et les rangs ne se sont pas brisés. S'il y a eu quelque chose, ça doit plutôt être un lapin ! Ou même un résident de la Maison de la Dame aux Chats... car on la croise sur notre droite... Ah, ces chasseurs... toujours prêts à inventer une histoire pour tirer une flèche ! Je crois que je me tiendrai à distance quand ils recevront leur premier arc...
Bientôt, une masse assombrit la forêt devant nous: ce sont les murs d'enceinte de l'Abbaye de Comté du Nord.
Je passe la porte en chicane en me rappelant du mot de Marisor, ma marraine. Elle devait venir me voir avant que je commence mon aventure. Je pense à elle et me dit que ce qui se passe en Draenor ne doit pas être facile. je comprends très bien qu'elle n'ait pas eu le temps de faire un saut...
A ce propos, je me rappelle aussi qu'un coffre m'attend à l'Abbaye, de sa part... Je m'approche donc d'une boite aux lettre, y récupère une enveloppe à mon nom, comme prévu... Au moins, le courrier fonctionne. Je fais vite car l'appel va commencer.
Dans l'enveloppe, un mini-coffre, presque un jouet. En fait, il est magique, il suffit de présenter son pouce sur le couvercle pour qu'il se déploie à sa taille réelle. Une nouvelle pression et il s'ouvre, délivrant son contenu. Je ne suis pas le seul à avoir reçu ce courrier de démarrage. Et c'est rapidement un véritable capharnaüm qui s'étale devant l'abbaye. Nos maitres paraissent un peu excédés mais ils savent que les règles ont changé et que cette pratique est même encouragée par le Roi : il préfère que les recrues soient au mieux pour débuter leur aventure.
Moi, je ne sais pas trop à quoi m'attendre. J'ai entendu toutes sortes d'histoire sur ces coffres...
D'après certains, on reçoit des tonnes d'or, pour d'autres, ce sont des gemmes fantastiques et des parchemins aux enchantements fabuleux. Je sais que ça existe, mais je ne pense pas que Marisor va me couver avec des babioles.
Je me plonge dans le coffre et déballe délicatement son contenu.Et je saute littéralement de joie !
Moi qui pensait débuter avec mes étoffes maison, je suis gâté. Certes, je n'avais pas à rougir: j'avais ce qu'une recrue peut porter de mieux à ce stade : des bottes solides, des braies et une tunique croisées, des gants, des brassards et une ceinture tressés et même une cape qui recouvre la tête en cas de besoin... et de grands sacs à profusion.
Mais là, ça dépasse tout ce à quoi je m'attendais...
Déjà, une bourse de 100 pièces d'or (po) que je cache soigneusement dans mon sac principal. Puis je déballe tour à tour, un bouclier sans terne, une épée légère et solide à la fois, mais surtout de magnifiques pièces d'armure qui vont vite me recouvrir des pieds la tête. Et je découvre en plus que tout cet équipement a reçu un sort particulier qui le fait évoluer en même temps que moi : je serai toujours au mieux de ce que je peux être à chaque étape.
Et ce, jusqu'en outre-terre... ça me parait si loin... Marisor a dû se ruiner... Je n'en reviens pas... Elle a laissé un autre mot où elle me dit que je n'aurais qu'à la contacter en outre-terre pour qu'elle prolonge l'effet du sort jusqu'à mon arrivée en Draenor si je le désire... Je rêve... vraiment...
Sauf que je reçois un coup sur le casque qui me replonge de la réalité : notre sergent instructeur vient de me saluer avec la finesse qui -je vais vite le comprendre- le caractérise.
Mon aventure commence !
dimanche 14 juin 2015
mercredi 10 juin 2015
2. Mulgore
"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...."
L'aube se levait à peine sur les vertes plaines de Mulgore, que déjà retentissaient les cris des premiers candidats au départ du jour. Ce n'étaient pas des rapaces qui hurlaient mais bien de jeunes taurens du camp Narache qui avaient achevé tard dans la nuit leur première série de quêtes. Ils venaient d'être transformés en aigle le temps d'un vol vers Sabot-de-Sang. Ce passage spectaculaire avait été décidé par les chefs des Pitons du Tonnerre après le Cataclysme.
Cornegriffe, elle, trouvait ça un peu ridicule. Elle avait toujours entendu dire qu'avant, la route n'était pas si dangereuse. Il y avait bien quelques loups, un ou deux hurans égarés, mais rien de terrible et, après tout, si on choisissait la Horde, c'était pour se battre, non ?
"Paix, voyageur." L'incantation la sortit de ses réflexions. A côté d'elle, un jeune garçon qu'elle connaissait à peine venait de remettre à son maître une crinière de huran, comme preuve de réussite de ses premières épreuves. Tout en récupérant son souffle, il suivait les consignes pour la suite de ses quêtes : grimper en haut de la Mesa où l'attendait la vieille Dyami qui allait lui faire subir les rites de la Terre-Mère.
Elle n'en pouvait plus d'attendre. Sa mère lui avait fait boire la veille l'Eau de Vision en présence du chef.
Elle avait failli recracher le breuvage aussitôt, tellement il lui avait paru amer. Mais ça aurait été la fin de ses rêves. Alors elle avait avalé par petites gorgées et, peu à peu, un trouble s'était emparé d'elle.Sa tête tournait, le monde si familier du camp s'était brouillé. Elle avait senti, et même vu, ses pattes se courber, ses poils devenir dru et épais et des griffes pousser, si, si...
Elle avait dû crier car en rouvrant les yeux, elle voyait sa mère la dévisager avec effroi. Le chaman et le chef avaient alors échangé un bref hochement de tête et elle savait que son sort était scellé. Le verdict allait tomber : elle serait... "Druide", ça y est, c'était dit.
Comme tout initié, elle pouvait prendre son nom d'aventure, elle choisit donc CorneGriffe. Au moins, pas besoin d'explications. Enfin si, un peu quand même : toute sa famille était de Narache, de la branche des Cornes Noires, justement. Et comme elle avait vu ses griffes, ça ne pouvait que convenir !
Elle n'était pas du genre à se poser des questions existentielles mais elle avait quand même de sérieux doutes sur le choix de l'Eau de Vision... Jamais dans toute sa courte vie, elle n'avait sentie en elle une quelconque capacité à pouvoir se transformer en animal. Ou même à influer sur la nature. Déjà qu'elle arrivait à peine à s'abriter de la pluie... Enfin, ce n'était plus trop l'heure de s'interroger, Gart Cours-la-Brume, le maître des druides s'avançait vers elle. Comme tous les autres membres du conseil du camp.
Vent-du-Faucon, leur chef, s'adressa à la petite troupe qui avait rejoint Cornegriffe:
"Vous êtes devenu adulte aujourd'hui. Et aujourd'hui, vous allez prendre une arme et combattre pour la tribu, pour venger la Grande-mère. Suivez le sentier vers l'est jusqu'à ce que vous ayez trouvé mon fils, Grull. Il vous expliquera comment frapper les hurans."
Enfin ! L'aventure commençait... Bien sûr, cette phrase, elle l'avait entendu tous les matins depuis si longtemps... Mais le caractère sacré qui entourait ces propos était adressé à elle, oui, oui, à elle, enfin...
Elle ne se le fit pas dire deux fois et couru jusqu'à Grull, qu'elle connaissait bien. Il lui remis un baton et elle se précipita vers deux hurans, ces espèces d'homme-cochon idiots qui avaient souillé leur belle vallée. Elle était quasiment deux fois plus grande qu'eux et le combat n'en fut pas vraiment un: trois coups de baton en tout et pour tout et les hurans avient poussé leur dernier cri. Elle répéta la manoeuvre encore deux fois et rejoignit ses pairs qui lui remirent des brassards en cuir, sa toute première pièce d'armure.
Elle était fière, elle se sentait invincible, Mulgore, et même Kalimdor lui appartenaient déjà !
Le reste de la matinée passa à un rythme soutenu et malgré les demandes incessantes et les courses effrenées dans la plaine, Cornegriffe ne ressentait aucune fatigue.
Plutôt bien équipée maintenant, elle allait affronter son premier adversaire sérieux, Mantépine, un chef huran qui s'était installé bien trop près du camp.
Elle arriva confiante devant son repaire. Elle croisa Adana, une nouvelle recrue du jour qui revenait sifflotante de la même quête. "Trop facile", dit-elle au passage, sans même la regarder... Décidement, elle ne s'était pas arrangé depuis qu'elle avait reçu en héritage un équipement enchanté qui évoluait en fonction de son expérience. Son oncle, tout le monde le savait, était en Draenor et lui avait fait parvenir un beau paquet pour l'aider à démarrer.
Ce n'était pas son cas. Elle n'était pas riche. Elle allait se contenter de ce qu'on lui proposerait. Elle le savait. Depuis toujours, elle avait dû faire face dans ce monde tourmenté. Son père était mort quand elle était plus jeune, écrasé par un tremblement de terre précurseur du Cataclysme,dans une caverne, alors qu'il cherchait des champignons pour nourrir sa famille. quant à sa mère, elle était la boulangère du camp et n'avait que peu de temps à lui consacrer. Elle avait donc été éduquée par la communauté et s'en était sentie très épanouie.
Elle était arrivée au repaire de Mantépine sans y faire attention, toute à ses pensées.
Deux gardes se tenant à l'entrée, à moitié bavant et couinant comme des porcs qu'ils étaient.
Son bâton changé et renforcé au cours de la matinée leur expliqua comment la vie s'arrétait pour eux et elle entra dans l'antre du gros cochon à deux pattes. Celui-ci devait être un peu plus rusé que les autres car il bondit aussitôt sur elle, mais son pourpoint para le choc et le verrat se retrouva hagard au sol. Elle en profita pour se transformer en félin, un sort qu'elle venait d'apprendre mais croyait ne pas maitriser avant quelques temps, et lui assenna le plus féroce coup de griffe qui soit. Le cochon était cuit. Elle n'avait plus qu'à lui scalper la crinière et la rapporter au camp, encourant plus vite grâce à sa nouvelle forme...
"Mais comment j'ai fait ?", ne cessait-elle de se demander... "Tu le sais au fond de toi" lui avait répondu Gart, ça lui faisait une belle jambe si elle ne saurait plus faire.... "Bah, on verra bien", finit-elle par conclure.
Quelques heures plus tard -et quelques transformation ratées- elle se retrouvait à son tour en haut de la mesa et s'apprêtait à prendre son envol vers Sabot-de-Sang.
L'aube se levait à peine sur les vertes plaines de Mulgore, que déjà retentissaient les cris des premiers candidats au départ du jour. Ce n'étaient pas des rapaces qui hurlaient mais bien de jeunes taurens du camp Narache qui avaient achevé tard dans la nuit leur première série de quêtes. Ils venaient d'être transformés en aigle le temps d'un vol vers Sabot-de-Sang. Ce passage spectaculaire avait été décidé par les chefs des Pitons du Tonnerre après le Cataclysme.
Cornegriffe, elle, trouvait ça un peu ridicule. Elle avait toujours entendu dire qu'avant, la route n'était pas si dangereuse. Il y avait bien quelques loups, un ou deux hurans égarés, mais rien de terrible et, après tout, si on choisissait la Horde, c'était pour se battre, non ?
"Paix, voyageur." L'incantation la sortit de ses réflexions. A côté d'elle, un jeune garçon qu'elle connaissait à peine venait de remettre à son maître une crinière de huran, comme preuve de réussite de ses premières épreuves. Tout en récupérant son souffle, il suivait les consignes pour la suite de ses quêtes : grimper en haut de la Mesa où l'attendait la vieille Dyami qui allait lui faire subir les rites de la Terre-Mère.
Elle n'en pouvait plus d'attendre. Sa mère lui avait fait boire la veille l'Eau de Vision en présence du chef.
Elle avait failli recracher le breuvage aussitôt, tellement il lui avait paru amer. Mais ça aurait été la fin de ses rêves. Alors elle avait avalé par petites gorgées et, peu à peu, un trouble s'était emparé d'elle.Sa tête tournait, le monde si familier du camp s'était brouillé. Elle avait senti, et même vu, ses pattes se courber, ses poils devenir dru et épais et des griffes pousser, si, si...
Elle avait dû crier car en rouvrant les yeux, elle voyait sa mère la dévisager avec effroi. Le chaman et le chef avaient alors échangé un bref hochement de tête et elle savait que son sort était scellé. Le verdict allait tomber : elle serait... "Druide", ça y est, c'était dit.
Comme tout initié, elle pouvait prendre son nom d'aventure, elle choisit donc CorneGriffe. Au moins, pas besoin d'explications. Enfin si, un peu quand même : toute sa famille était de Narache, de la branche des Cornes Noires, justement. Et comme elle avait vu ses griffes, ça ne pouvait que convenir !
Elle n'était pas du genre à se poser des questions existentielles mais elle avait quand même de sérieux doutes sur le choix de l'Eau de Vision... Jamais dans toute sa courte vie, elle n'avait sentie en elle une quelconque capacité à pouvoir se transformer en animal. Ou même à influer sur la nature. Déjà qu'elle arrivait à peine à s'abriter de la pluie... Enfin, ce n'était plus trop l'heure de s'interroger, Gart Cours-la-Brume, le maître des druides s'avançait vers elle. Comme tous les autres membres du conseil du camp.
Vent-du-Faucon, leur chef, s'adressa à la petite troupe qui avait rejoint Cornegriffe:
"Vous êtes devenu adulte aujourd'hui. Et aujourd'hui, vous allez prendre une arme et combattre pour la tribu, pour venger la Grande-mère. Suivez le sentier vers l'est jusqu'à ce que vous ayez trouvé mon fils, Grull. Il vous expliquera comment frapper les hurans."
Enfin ! L'aventure commençait... Bien sûr, cette phrase, elle l'avait entendu tous les matins depuis si longtemps... Mais le caractère sacré qui entourait ces propos était adressé à elle, oui, oui, à elle, enfin...
Elle ne se le fit pas dire deux fois et couru jusqu'à Grull, qu'elle connaissait bien. Il lui remis un baton et elle se précipita vers deux hurans, ces espèces d'homme-cochon idiots qui avaient souillé leur belle vallée. Elle était quasiment deux fois plus grande qu'eux et le combat n'en fut pas vraiment un: trois coups de baton en tout et pour tout et les hurans avient poussé leur dernier cri. Elle répéta la manoeuvre encore deux fois et rejoignit ses pairs qui lui remirent des brassards en cuir, sa toute première pièce d'armure.
Elle était fière, elle se sentait invincible, Mulgore, et même Kalimdor lui appartenaient déjà !
Le reste de la matinée passa à un rythme soutenu et malgré les demandes incessantes et les courses effrenées dans la plaine, Cornegriffe ne ressentait aucune fatigue.
Plutôt bien équipée maintenant, elle allait affronter son premier adversaire sérieux, Mantépine, un chef huran qui s'était installé bien trop près du camp.
Elle arriva confiante devant son repaire. Elle croisa Adana, une nouvelle recrue du jour qui revenait sifflotante de la même quête. "Trop facile", dit-elle au passage, sans même la regarder... Décidement, elle ne s'était pas arrangé depuis qu'elle avait reçu en héritage un équipement enchanté qui évoluait en fonction de son expérience. Son oncle, tout le monde le savait, était en Draenor et lui avait fait parvenir un beau paquet pour l'aider à démarrer.
Ce n'était pas son cas. Elle n'était pas riche. Elle allait se contenter de ce qu'on lui proposerait. Elle le savait. Depuis toujours, elle avait dû faire face dans ce monde tourmenté. Son père était mort quand elle était plus jeune, écrasé par un tremblement de terre précurseur du Cataclysme,dans une caverne, alors qu'il cherchait des champignons pour nourrir sa famille. quant à sa mère, elle était la boulangère du camp et n'avait que peu de temps à lui consacrer. Elle avait donc été éduquée par la communauté et s'en était sentie très épanouie.
Elle était arrivée au repaire de Mantépine sans y faire attention, toute à ses pensées.
Deux gardes se tenant à l'entrée, à moitié bavant et couinant comme des porcs qu'ils étaient.
Son bâton changé et renforcé au cours de la matinée leur expliqua comment la vie s'arrétait pour eux et elle entra dans l'antre du gros cochon à deux pattes. Celui-ci devait être un peu plus rusé que les autres car il bondit aussitôt sur elle, mais son pourpoint para le choc et le verrat se retrouva hagard au sol. Elle en profita pour se transformer en félin, un sort qu'elle venait d'apprendre mais croyait ne pas maitriser avant quelques temps, et lui assenna le plus féroce coup de griffe qui soit. Le cochon était cuit. Elle n'avait plus qu'à lui scalper la crinière et la rapporter au camp, encourant plus vite grâce à sa nouvelle forme...
"Mais comment j'ai fait ?", ne cessait-elle de se demander... "Tu le sais au fond de toi" lui avait répondu Gart, ça lui faisait une belle jambe si elle ne saurait plus faire.... "Bah, on verra bien", finit-elle par conclure.
Quelques heures plus tard -et quelques transformation ratées- elle se retrouvait à son tour en haut de la mesa et s'apprêtait à prendre son envol vers Sabot-de-Sang.
1. Hurlevent
"Jeanphiléon,
J'ai appris, il y a peu, que tu avais fini ta scolarité.
Et que tu avais choisis de rejoindre nos rangs.
Si mes informations sont bonnes, tu dois bientôt entrer dans l'Abbaye de Comté-de-l'Or.
Je ne peux te dire combien cette nouvelle me réjouis.
J'ai hâte que tu accomplisses ton destin et que tu puisses revivre toutes les aventures qui font la renommée de l'Alliance.
Je veux pas t'en dire davantage pour ne pas influer sur tes décisions à venir...
Je te rappelle seulement que des portails d'instance ont été mis un peu partout en Azeroth pour que tu puisses toi-aussi, quand l'occasion se présentera, affronter les terribles menaces que nous avons dû combattre toutes ces années. Il te faudra pour cela choisir de bons et solides compagnons ou patienter pour t'endurcir afin de t'y confronter seul.
Comme tu le sais, ton avancée en Azeroth te permettra d'acquérir des points d'expérience.
Ton maître t'attribuera un niveau en fonction de ces points. Et ce niveau te permettra d'accéder à de nouvelles zones jusqu'à, je l'espère, nous rejoindre en Draenor où nous avons établi nos fiefs.
A ce propos, il me tarde de te faire visiter mes nouvelles écuries qui accueillent depuis hier un magnifique elekk.
Mais je ne t'en dis pas plus... Sache juste que nous allons bientôt pénétrer dans la Jungle de Tanaan où il semble que la Légion se rassemble.
J'essaierai d'ouvrir un portail pour venir t'embrasser une dernière fois...
Salue bien tes parents pour moi.
A bientôt,
Marisor.
PS: on te remettra un coffre de ma part à ton arrivée"
Marisor. Ma marraine. Ma bonne fée.
Enfin, quand je dis fée, il faut comprendre mage. ou sorcière.
Quoi qu'il en soit, je la connais depuis que je suis tout petit.
Elle venait s'équiper dans la boutique de mes parents et ne manquait jamais de me raconter une anecdote sur les aventures qu'elle vivait.
Entre deux achats d'étoffe de soie ou de tisse-mage, elle me narrait les histoires terribles du Coeur du Magma ou du mont Rochenoire que l'on voit encore rougir les soirs d'été...
Et j'ai grandi... J'ai rejoint l'école d'Hurlevent établie par le roi Varian pour former son peuple. Notre maitresse nous faisait souvent faire le tour de la ville pour nous éveiller aux talents des artisans mais aussi aux chants des héros.
Mes parents, eux, ne voulaient qu'une chose, que je perpétue l'activité des "Etoffes de la Tour".
C'est vrai que j'adorais trainer des heures dans la boutique. Mais ce qu'ils ne voyaient pas, c'est que je restais surtout pour admirer ces mages, prêtres et même démonistes qui s'apostrophaient et se vantaient d'exploits extraordinaires plus incroyables les uns que les autres.
Quelle ne fut pas leur déception quand je leur annonçai ma volonté d'intégrer l'Alliance.
Ce fut d'abord un refus catégorique mais rapidement ma bonne fée sut les convaincre.
Il faut dire qu'elle était, depuis plusieurs années, devenue la meilleure amie de ma mère.
Je vais dévier un peu, mais je crois que je suis à l'origine de cette amitié:
D'après ce que je sais, ma mère n'arrivait pas à avoir d'enfant.
Cette situation la plongeait de jour en jour dans une mélancolie qui tracassait mon père.
Il ne savaient plus quoi faire pour la rendre heureuse.
Prenant tout son courage, il finit par demander à ses clients s'ils ne connaissaient pas des sorts ou des enchantements qui pourrait "arranger les choses"...
Malheureusement, beaucoup ne répondaient même pas ou lui faisaient comprendre que leur cher savoir ne servait pas à "ça", avec un certain mépris...
De peur de perdre des clients, il n'insista pas..
Quelle ne fuit donc pas sa surprise, un jour, alors qu'il remisait de nouveaux rouleaux d'entendre une voix dans son dos lui annoncer "Maitre tailleur, est-ce ici que l'on désire un enfant ?"
Il faillit en tomber à la renverse !
Se retournant, il vit aparaître une silhouette encapuchonnée tenant une baguette auréolée d'azur et crépitante. Lentement, l'inconnue se découvrit et ne bougea plus. Un silence tomba soudain sur la boutique. Seul un vague gargouillis provenait de la ruelle...
Surprise de ne plus rien entendre au comptoir, ma mère sortit de l'arrière-boutique, les bras chargés de confection...
Elle n'eut que le temps de marmonner un vague "Ben, qu'est-c't'as ? Tu dis plus rien ?" vers mon père avant d'être foudroyée par une gigantesque bulle d'énergie violette...
Mon père, choqué, tétanisé, allait se mettre à hurler mais la mage lui dit simplement :
"Je suis Marisor, dame de compagnie de Jaina Portvaillant.
J'ai longtemps cheminé en Azeroth mais je dois maintenant la rejoindre à Terramore.
Je pars demain pour Menethil pour prendre le bateau.
J'ai diné dans la cathédrale hier soir avec un vieil ami, le père Michael.
C'est un de vos client. il m'a parlé de votre souci.
Je ne peux pas rester plus longtemps, mais sachez que dans neuf mois vous serez trois quand je reviendrais vous retrouver."
Et c'est comme ça que je suis là, à sécher mes larmes devant cette simple lettre. A la relire sans arrêt, assis sur les remparts qui surplombent le port.
Les mouettes crient en me survolant. Les portefaix déchargent le dernier navire en provenance de Ruth'Theran.
Et moi, je rêve à demain...
J'ai appris, il y a peu, que tu avais fini ta scolarité.
Et que tu avais choisis de rejoindre nos rangs.
Si mes informations sont bonnes, tu dois bientôt entrer dans l'Abbaye de Comté-de-l'Or.
Je ne peux te dire combien cette nouvelle me réjouis.
J'ai hâte que tu accomplisses ton destin et que tu puisses revivre toutes les aventures qui font la renommée de l'Alliance.
Je veux pas t'en dire davantage pour ne pas influer sur tes décisions à venir...
Je te rappelle seulement que des portails d'instance ont été mis un peu partout en Azeroth pour que tu puisses toi-aussi, quand l'occasion se présentera, affronter les terribles menaces que nous avons dû combattre toutes ces années. Il te faudra pour cela choisir de bons et solides compagnons ou patienter pour t'endurcir afin de t'y confronter seul.
Comme tu le sais, ton avancée en Azeroth te permettra d'acquérir des points d'expérience.
Ton maître t'attribuera un niveau en fonction de ces points. Et ce niveau te permettra d'accéder à de nouvelles zones jusqu'à, je l'espère, nous rejoindre en Draenor où nous avons établi nos fiefs.
A ce propos, il me tarde de te faire visiter mes nouvelles écuries qui accueillent depuis hier un magnifique elekk.
Mais je ne t'en dis pas plus... Sache juste que nous allons bientôt pénétrer dans la Jungle de Tanaan où il semble que la Légion se rassemble.
J'essaierai d'ouvrir un portail pour venir t'embrasser une dernière fois...
Salue bien tes parents pour moi.
A bientôt,
Marisor.
PS: on te remettra un coffre de ma part à ton arrivée"
Marisor. Ma marraine. Ma bonne fée.
Enfin, quand je dis fée, il faut comprendre mage. ou sorcière.
Quoi qu'il en soit, je la connais depuis que je suis tout petit.
Elle venait s'équiper dans la boutique de mes parents et ne manquait jamais de me raconter une anecdote sur les aventures qu'elle vivait.
Entre deux achats d'étoffe de soie ou de tisse-mage, elle me narrait les histoires terribles du Coeur du Magma ou du mont Rochenoire que l'on voit encore rougir les soirs d'été...
Et j'ai grandi... J'ai rejoint l'école d'Hurlevent établie par le roi Varian pour former son peuple. Notre maitresse nous faisait souvent faire le tour de la ville pour nous éveiller aux talents des artisans mais aussi aux chants des héros.
Mes parents, eux, ne voulaient qu'une chose, que je perpétue l'activité des "Etoffes de la Tour".
C'est vrai que j'adorais trainer des heures dans la boutique. Mais ce qu'ils ne voyaient pas, c'est que je restais surtout pour admirer ces mages, prêtres et même démonistes qui s'apostrophaient et se vantaient d'exploits extraordinaires plus incroyables les uns que les autres.
Quelle ne fut pas leur déception quand je leur annonçai ma volonté d'intégrer l'Alliance.
Ce fut d'abord un refus catégorique mais rapidement ma bonne fée sut les convaincre.
Il faut dire qu'elle était, depuis plusieurs années, devenue la meilleure amie de ma mère.
Je vais dévier un peu, mais je crois que je suis à l'origine de cette amitié:
D'après ce que je sais, ma mère n'arrivait pas à avoir d'enfant.
Cette situation la plongeait de jour en jour dans une mélancolie qui tracassait mon père.
Il ne savaient plus quoi faire pour la rendre heureuse.
Prenant tout son courage, il finit par demander à ses clients s'ils ne connaissaient pas des sorts ou des enchantements qui pourrait "arranger les choses"...
Malheureusement, beaucoup ne répondaient même pas ou lui faisaient comprendre que leur cher savoir ne servait pas à "ça", avec un certain mépris...
De peur de perdre des clients, il n'insista pas..
Quelle ne fuit donc pas sa surprise, un jour, alors qu'il remisait de nouveaux rouleaux d'entendre une voix dans son dos lui annoncer "Maitre tailleur, est-ce ici que l'on désire un enfant ?"
Il faillit en tomber à la renverse !
Se retournant, il vit aparaître une silhouette encapuchonnée tenant une baguette auréolée d'azur et crépitante. Lentement, l'inconnue se découvrit et ne bougea plus. Un silence tomba soudain sur la boutique. Seul un vague gargouillis provenait de la ruelle...
Surprise de ne plus rien entendre au comptoir, ma mère sortit de l'arrière-boutique, les bras chargés de confection...
Elle n'eut que le temps de marmonner un vague "Ben, qu'est-c't'as ? Tu dis plus rien ?" vers mon père avant d'être foudroyée par une gigantesque bulle d'énergie violette...
Mon père, choqué, tétanisé, allait se mettre à hurler mais la mage lui dit simplement :
"Je suis Marisor, dame de compagnie de Jaina Portvaillant.
J'ai longtemps cheminé en Azeroth mais je dois maintenant la rejoindre à Terramore.
Je pars demain pour Menethil pour prendre le bateau.
J'ai diné dans la cathédrale hier soir avec un vieil ami, le père Michael.
C'est un de vos client. il m'a parlé de votre souci.
Je ne peux pas rester plus longtemps, mais sachez que dans neuf mois vous serez trois quand je reviendrais vous retrouver."
Et c'est comme ça que je suis là, à sécher mes larmes devant cette simple lettre. A la relire sans arrêt, assis sur les remparts qui surplombent le port.
Les mouettes crient en me survolant. Les portefaix déchargent le dernier navire en provenance de Ruth'Theran.
Et moi, je rêve à demain...
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