mercredi 10 juin 2015

2. Mulgore

"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii...."
L'aube se levait à peine sur les vertes plaines de Mulgore, que déjà retentissaient les cris des premiers candidats au départ du jour. Ce n'étaient pas des rapaces qui hurlaient mais bien de jeunes taurens du camp Narache qui avaient achevé tard dans la nuit leur première série de quêtes. Ils venaient d'être transformés en aigle le temps d'un vol vers Sabot-de-Sang. Ce passage spectaculaire avait été décidé par les chefs des Pitons du Tonnerre après le Cataclysme.
Cornegriffe, elle, trouvait ça un peu ridicule. Elle avait toujours entendu dire qu'avant, la route n'était pas si dangereuse. Il y avait bien quelques loups, un ou deux hurans égarés, mais rien de terrible et, après tout, si on choisissait la Horde, c'était pour se battre, non ?
"Paix, voyageur." L'incantation la sortit de ses réflexions. A côté d'elle, un jeune garçon qu'elle connaissait à peine venait de remettre à son maître une crinière de huran, comme preuve de réussite de ses premières épreuves. Tout en récupérant son souffle, il suivait les consignes pour la suite de ses quêtes : grimper en haut de la Mesa où l'attendait la vieille Dyami qui allait lui faire subir les rites de la Terre-Mère.
Elle n'en pouvait plus d'attendre. Sa mère lui avait fait boire la veille l'Eau de Vision en présence du chef.
Elle avait failli recracher le breuvage aussitôt, tellement il lui avait paru amer. Mais ça aurait été la fin de ses rêves. Alors elle avait avalé par petites gorgées et, peu à peu, un trouble s'était emparé d'elle.Sa tête tournait, le monde si familier du camp s'était brouillé. Elle avait senti, et même vu, ses pattes se courber, ses poils devenir dru et épais et des griffes pousser, si, si...
Elle avait dû crier car en rouvrant les yeux, elle voyait sa mère la dévisager avec effroi. Le chaman et le chef avaient alors échangé un bref hochement de tête et elle savait que son sort était scellé. Le verdict allait tomber : elle serait... "Druide", ça y est, c'était dit.
Comme tout initié, elle pouvait prendre son nom d'aventure, elle choisit donc CorneGriffe. Au moins, pas besoin d'explications. Enfin si, un peu quand même : toute sa famille était de Narache, de la branche des Cornes Noires, justement. Et comme elle avait vu ses griffes, ça ne pouvait que convenir !
Elle n'était pas du genre à se poser des questions existentielles mais elle avait quand même de sérieux doutes sur le choix de l'Eau de Vision... Jamais dans toute sa courte vie, elle n'avait sentie en elle une quelconque capacité à pouvoir se transformer en animal. Ou même à influer sur la nature. Déjà qu'elle arrivait à peine à s'abriter de la pluie... Enfin, ce n'était plus trop l'heure de s'interroger, Gart Cours-la-Brume, le maître des druides s'avançait vers elle. Comme tous les autres membres du conseil du camp.
Vent-du-Faucon, leur chef, s'adressa à la petite troupe qui avait rejoint Cornegriffe:
"Vous êtes devenu adulte aujourd'hui. Et aujourd'hui, vous allez prendre une arme et combattre pour la tribu, pour venger la Grande-mère. Suivez le sentier vers l'est jusqu'à ce que vous ayez trouvé mon fils, Grull. Il vous expliquera comment frapper les hurans."
Enfin ! L'aventure commençait... Bien sûr, cette phrase, elle l'avait entendu tous les matins depuis si longtemps... Mais le caractère sacré qui entourait ces propos était adressé à elle, oui, oui, à elle, enfin...
Elle ne se le fit pas dire deux fois et couru jusqu'à Grull, qu'elle connaissait bien. Il lui remis un baton et elle se précipita vers deux hurans, ces espèces d'homme-cochon idiots qui avaient souillé leur belle vallée. Elle était quasiment deux fois plus grande qu'eux et le combat n'en fut pas vraiment un: trois coups de baton en tout et pour tout et les hurans avient poussé leur dernier cri. Elle répéta la manoeuvre encore deux fois et rejoignit ses pairs qui lui remirent des brassards en cuir, sa toute première pièce d'armure.
Elle était fière, elle se sentait invincible, Mulgore, et même Kalimdor lui appartenaient déjà !
Le reste de la matinée passa à un rythme soutenu et malgré les demandes incessantes et les courses effrenées dans la plaine, Cornegriffe ne ressentait aucune fatigue.
Plutôt bien équipée maintenant, elle allait affronter son premier adversaire sérieux, Mantépine, un chef huran qui s'était installé bien trop près du camp.
Elle arriva confiante devant son repaire. Elle croisa Adana, une nouvelle recrue du jour qui revenait sifflotante de la même quête. "Trop facile", dit-elle au passage, sans même la regarder... Décidement, elle ne s'était pas arrangé depuis qu'elle avait reçu en héritage un équipement enchanté qui évoluait en fonction de son expérience. Son oncle, tout le monde le savait, était en Draenor et lui avait fait parvenir un beau paquet pour l'aider à démarrer.
Ce n'était pas son cas. Elle n'était pas riche. Elle allait se contenter de ce qu'on lui proposerait. Elle le savait. Depuis toujours, elle avait dû faire face dans ce monde tourmenté. Son père était mort quand elle était plus jeune, écrasé par un tremblement de terre précurseur du Cataclysme,dans une caverne, alors qu'il cherchait des champignons pour nourrir sa famille. quant à sa mère, elle était la boulangère du camp et n'avait que peu de temps à lui consacrer. Elle avait donc été éduquée par la communauté et s'en était sentie très épanouie.
Elle était arrivée au repaire de Mantépine sans y faire attention, toute à ses pensées.
Deux gardes se tenant à l'entrée, à moitié bavant et couinant comme des porcs qu'ils étaient.
Son bâton changé et renforcé au cours de la matinée leur expliqua comment la vie s'arrétait pour eux et elle entra dans l'antre du gros cochon à deux pattes. Celui-ci devait être un peu plus rusé que les autres car il bondit aussitôt sur elle, mais son pourpoint para le choc et le verrat se retrouva hagard au sol. Elle en profita pour se transformer en félin, un sort qu'elle venait d'apprendre mais croyait ne pas maitriser avant quelques temps, et lui assenna le plus féroce coup de griffe qui soit. Le cochon était cuit. Elle n'avait plus qu'à lui scalper la crinière et la rapporter au camp, encourant plus vite grâce à sa nouvelle forme...
"Mais comment j'ai fait ?", ne cessait-elle de se demander... "Tu le sais au fond de toi" lui avait répondu Gart, ça lui faisait une belle jambe si elle ne saurait plus faire.... "Bah, on verra bien", finit-elle par conclure.
Quelques heures plus tard -et quelques transformation ratées- elle se retrouvait à son tour en haut de la mesa et s'apprêtait à prendre son envol vers Sabot-de-Sang.

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